Une blonde à l'Armée
EDITION
Extrait
Dimanche 19 novembre  
Et voilà, demain c’est le grand jour ! Ma décision est prise, je rentre dans la Marine ! Comment m'est venu cette folle idée me demanderez-vous? J'ai regardé Mulan ! Non, je plaisante. C’est simple, suite à de longs mois de réflexions acharnées et d'entraînements physiques adaptés, tel qu’aller chercher le pain à pied ou bien monter les escaliers, j'ai pris ma vie en main et j'ai décidé de partir à l'aventure.  
Mais tout d'abord je me présente : Gina Tedeschi, vingt ans. Blonde et assez gaffeuse, je vous avoue correspondre aux clichés… Oui, je sais, il s’agit de ma plus grande hantise… Mais ma détermination et ma folie m’ont toujours conduite sur les bons chemins, me poussant chaque jour à me surpasser davantage. Les défis ne me font pas peur, et c’est avec entêtement que je vous certifie relever celui-ci !  
Après avoir réussi mon baccalauréat littéraire, je me suis cherchée à travers maintes études et métiers en tout genre. Je me suis forgée quelques expériences, sans pour autant trouver ma voie. Puis j'ai connu l'armée, grâce aux fabuleux récits d'amis militaires qui ont croisé ma route, et ainsi j'ai pu découvrir ce milieu honorable et discipliné. Je rêvais d'aventure, de changer ma vie. J'allais être servie ! Hésitant entre les trois, Terre, Eau, ou Air, j’ai choisi naturellement la Marine Nationale. Un univers de bateaux, de mers et d'océans, c'est bien ce qui me correspond le plus. Je me vois déjà à bord du Charles de Gaulle, vêtue de blanc, saluer mes parents à quai, la larme à l’œil, d'un revers de chapeau.  
J'ai donc entamé les différentes démarches... les très longues procédures, si vous voulez mon avis. Un rendez-vous au Cirfa du coin, un choix de carrière, de l'attente, des papiers à signer, encore de l'attente... Des mois plus tard, j'étais convoquée au fameux CSO. Oui, ces tests tant redoutés qui permettent de sélectionner les candidats. L'enjeu s’avère simple : réussir des tests physiques, des tests psychotechniques, une visite médicale, de même qu'un entretien chez le psy. Ce psy qui vous demandera "Êtes vous prêt à mourir pour la France ?" et auquel vous devez répondre "Oui, je donnerais ma vie s’il le faut !…" d’un air dramatique le plus sincèrement du monde. Stressée à mort, je me suis alors préparée aux épreuves avec sérieux et j’ai réussi de justesse à être sélectionnée. Je ne vous décrirai pas ici l'examen, ce n'est pas le sujet, mais sachez bien qu'un minimum d'entraînement physique se révèle indispensable pour le bon déroulement de votre séjour. Sinon, vous serez comme moi, ridicule. Par chance, la motivation a joué en ma faveur et j’ai sauté de joie à l'annonce de mes résultats, un mois et demi plus tard. Oui, c'est long.  
Mon Cirfa m'a donc appelée la semaine dernière pour m'informer de mon admission en tant que volontaire dans la Marine Nationale et me donner les informations nécessaires à mon incorporation.  
— Ma petite fille va devenir militaire ! ont scandé en coeur mes parents avec fierté.  
Surtout mon père. Normal, c'est un garçon.  
Je me sens très digne de travailler pour mon cher pays et de le représenter avec honneur. J’espère faire de mon mieux et de très bien le servir. Et surtout, je voudrais rencontrer un Rafe ou un Danny comme dans Pearl Harbor ahah. Bref.  
Là quand j'écris, nous sommes dimanche soir. La nuit vient à peine de tomber et je rédige ces lignes accoudée à ma fenêtre à l'air frais. Mes valises reposent déjà au pied du lit, à côté de ma convocation. Je passe ma dernière soirée chez mes parents. Demain je suis censée rejoindre les rangs. Enfin ! Pour tout avouer, j'angoisse beaucoup. Et si ce n'était pas pour moi? Si je me plantais de voie ? Si je me ridiculisais? Tant de questions s'accumulent dans ma tête sans personne pour y répondre... Dans le meilleur des cas, je trouverai un travail. Dans le pire, j’acquerrai une expérience. Alors pourquoi ne pas tenter ? Soyons folle. 
Je suis tellement excitée à l'idée de tourner une page et de commencer mon aventure ! De plus, j'ai eu ce soir la brillante idée d'écrire un Journal Intime, comme ça, je vous relaterai ma formation de A à Z et nous avancerons ensemble dans cette obscurité si déstabilisante. Enfin... celle des classes du moins. En effet, ma formation de volontaire, appelée "les classes" dans le jargon militaire, durera cinq semaines, à l'issu desquelles je serais diplômée et apte à commencer le travail à bord d'un navire de la marine. La bonne nouvelle : je serai payée durant mon séjour là-bas. La mauvaise : les classes semblent dures et pénibles. Les rumeurs veulent que l'armée mettent les candidats à bout, physiquement et moralement, pour les pousser à abandonner; le but étant de voir la force de caractère de tout un chacun et de ne garder que les meilleurs. 
— C'est très moral, m'encourage sans cesse mon père. Il ne faut pas abandonner, serrer les poings, et aller jusqu'au bout. Ce n'est qu'une formation, après tu seras tranquille sur ton bateau, tu verras.  
Mes amis marins me le répètent aussi. Okay, j'ai saisi, je vais souffrir pendant un mois, puis j'en serai fière. Je vous en fais la promesse.  
Vous comprenez maintenant pourquoi j'ai très peur. Morte de trouille pour dire vrai. J'appréhende beaucoup...  
Allez, le grand départ est prévu pour demain, je ne vais pas tarder à me coucher. J'ai rendez-vous à huit heures tapantes, devant la base aéronavale de Hyères, la BAN. Une petite base militaire. Telle que je me connais, je n'arriverai pas à dormir. Je vais regarder Mulan une dernière fois pour me donner du courage, puis je m'envelopperai dans ma couette à la recherche de ce sommeil tant convoité.