Le regard des autres
NOUVELLES
© Marie-Pierre GAUTIER CHARENTE
Voilà, je marche dans la rue, et je me rends compte que personne ne regarde  
personne. 
 
Les têtes sont baissées et tristes. 
 
La vie va à son rythme, avec ses joies et ses peines, et pourtant... 
 
Je me sens espionné. 
 
Je lève la tête et les autres me regardent. 
 
Mais pourquoi me regardent-ils ? 
 
Ils me dévisagent. 
 
Je voudrais être tout petit, qu’ils m’oublient. 
 
Chaque jour, à chaque heure de la journée, les regards se dirigent vers moi. 
 
Je me sens comme nu. 
 
Leurs yeux me vident de toute la confiance que j’avais en moi. 
 
Je me sens coupable. 
 
Mais coupable de quoi ? 
 
Ils passent leur chemin et sourient. 
 
Je ne comprends pas je ne sais pas. 
 
J’ai envie de hurler, de leur demander ce qui ne va pas, mais pas un son  
ne sort de ma bouche. 
 
L’angoisse qui naît en moi me serre comme un étau, je suffoque. 
 
Puis je vois un homme qui me parle, ses lèvres bougent mais je ne  
comprends pas ce qu’il me dit. 
 
Je n’entends rien, ils me regardent tous, avec des airs différents. 
 
Je me souviens maintenant comment c’était avant qu’ils me regardent. 
 
Je me disais, que les gens étaient indifférents aux autres. 
 
Que personne se regardait, même pas un sourire, ou très rarement. 
 
Mais aujourd’hui, ils me regardent tous, sont presque sur moi. 
 
Je veux hurler, me débattre, mais je suis coincé, bloqué dans mon corps. 
 
Je veux me débattre mais rien à faire, je ne comprends pas. 
 
Puis soudain j’ai l’impression de voler, je me sens soudainement si bien. 
 
Je respire enfin, plus personne ne me regarde, la nuit et tombée, je  
suis enfin rassuré, les gens sont partis. 
 
Le calme et enfin là, mais soudain… 
 
Je réalise que je ne suis plus. 
 
La vie a quitté mon corps, je le vois là étendu dans la rue. 
 
Les gens sont là autour, les secours arrivent, mais c’est déjà trop tard. 
 
Mon cœur a déjà cessé de battre. 
 
Je comprends que, de ce temps qui me paraissait si long ne s’était écoulé  
que quelques minutes. 
 
Maintenant je pars pour un long voyage, où les gens, je l’espère, se  
parleront plus souvent. 
 
J’ai appris à mes dépends, que de notre vivant, souvent on n’intéresse  
personne, mais dès que la mort vous frappe, tous les regards se tournent  
vers vous. 
 
Mais hélas, c’est déjà trop tard.