Raziella Bat-Él
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© Marie-Pierre GAUTIER-CHARENTE
Le numéro 47856 avait été séparé de ses parents dans un camp de concentration. elle avait 16 ans, et déjà, avait subi les pires violences que l’homme ait inventées. 
Elle avait été laissée pour morte par les Allemands, avant d’être jetée dans la fosse, et un jeune Allemand avait gravé sur son ventre l’étoile de David. Les autres Allemands qui le regardaient plus loin, riaient aux éclats, mais ne faisaient pas attention aux larmes qui coulaient sur les joues de Hans, et la prière qu’il disait. Il ne gravait pas l’étoile pour la torturer mais pour le respect qu’il avait pour 47856. Si les autres l’avaient su, il aurait été envoyé sur le front Russe. 
 
Les soldats quittèrent le charnier pour rejoindre leurs quartiers, car le lendemain, ils devraient recouvrir les corps des juifs avec des bulldozers. 
 
La nuit était claire et glaciale, le corps nu de 47856 bleui par le froid était là, étendu sur les autres, quand soudain elle ouvrit les yeux. Elle ne sentait plus rien, et se demandait si elle était encore vivante. 
Elle sortit de la fosse tant bien que mal, et s’éloigna le plus vite qu'elle put de ce lieu. 
Les soldats qui étaient censés garder la fosse se trouvaient tous dans la tente à boire et à fumer pour lutter contre le froid. 
Puis comme ils le disaient si bien : 
-Die toten retten sich das nicht. (Les morts, cela ne se sauvent pas.) 
 
Quelques heures après et quelques kilomètres plus loin, 47856 croisa la route d’une charrette conduite par une sœur du proche couvent. Celle-ci aida la jeune fille à monter dans la charrette et la couvrit de son manteau. Arrivée au couvent et aidée par les autres sœurs, la jeune fille fut conduite à l’infirmerie où ils la baignèrent et la soignèrent. 
 
Là, sœur Estelle lui demanda son nom. 
La jeune fille répondit : 
- Je m’appelle Raziella Bat-Èl. 
- Moi, c’est sœur Estelle 
- Ma chère enfant, vous attendez un bébé. 
Comprenant que c’était le résultat des violences que Raziella avait  
subies, elle lui proposa : 
- Malgré votre grossesse avancée je peux vous avorter si vous le désirez, mais pour le moment reposez-vous, nous en reparlerons demain. 
 
Cet enfant, la jeune fille ne savait pas si elle le devait le garder ou le faire disparaître, car s’il était là à cause des viols répétés des soldats. Il n’était pas coupable et, pour elle, avorter c’était tuer un innocent. 
Par contre; le souvenir qu’elle en aurait en le regardant serait les mois de souffrance et de violence qu’elle avait endurés, mais dans son cœur elle n’était pas pour la destruction, elle avait vu assez d’innocents mourir comme ça. 
Elle ne ferma pas l’œil de la nuit. 
 
Le lendemain, sœur Estelle vint la voir et lui demanda si elle avait pris une décision. En regardant, la jeune fille elle comprit qu'il était un peu tôt pour elle de se décider. Cependant le temps pressait. 
 
Dans la matinée, un groupe de nazis vint frapper à la porte du couvent, leur intimant l’ordre de l’ouvrir sinon il la défoncerait. Une jeune sœur leur demanda d’attendre un peu car c’était la mère supérieure qui avait les clefs et il lui fallait le temps qu’elle aille la prévenir. Les autres sœurs cachèrent la jeune fille dans un souterrain secret. 
Une troupe d’une centaine d’hommes entrèrent dans le couvent et commencèrent à fouiller partout le temps que d’autres interrogeaient les sœurs. Mais que cherchaient-ils ? En fin de journée, ils repartirent aussi bredouilles qu’au début. 
 
Quand sœur Alice porta le repas à la nouvelle pensionnaire, c’est avec une explosion dans le cœur qu’elle vit le miracle. Une forme humaine était à côté de Raziella , c’était comme si elle lui donnait la main, et posait l’autre sur son ventre. 
- Que comptes-tu faire de l’enfant ? demanda l'être de lumière à la jeune fille. 
Elle le regarda et lui répondit qu’elle ne savait pas. 
- Si je te dis que l’enfant est en bonne santé, continua l'être de lumière, vas-tu le garder ? Connaîs-tu Hans ? 
 
Raziella, regarda celui qu’elle prenait pour un ange et lui répondit que oui, et que tous deux s’aimaient, mais que leur amour était interdit. Il lui dit que c’était Hans qui lui avait gravé l’étoile sur le ventre et pourquoi il avait fait ça. 
- Tu lui pardonnes pour ce qu’il a fait ? demanda l’ange 
- Je n’ai rien à lui pardonner, répondit la jeune fille, car pour pardonner, il faut avoir jugé et si je le juge qui me pardonnerait ? Puis, je n’ai pas le pouvoir de juger, qui suis-je pour juger les autres, seul Dieu peut juger, nous, nous devons juste respecter les dix commandements, voilà où est notre devoir. Si l’enfant est en bonne santé, je me dois de le garder, peu importe comment je l’ai eu, il n’est en aucun cas responsable de ma situation, il est innocent. 
 
Avant de partir, l’ange lui demanda si elle savait ce que voulait dire son nom et son prénom. La jeune fille lui répondit quelle ne savait pas, et il lui dit : 
- Raziella veux dire : Secret de Dieu. Bat-Èl, signifie : Fille de Dieu. 
Quand l’être de lumière disparut, une rose rouge était posée sur son ventre, et un doux parfum régnait dans la pièce. Cela ne ressemblait à aucune odeur connue, mais elle était apaisante et bienfaisante. Quand sœur Estelle vint voir la jeune fille, celle-ci lui annonça qu'elle comptait garder l’enfant. 
 
Elle resta deux mois au couvent où elle était bien traitée.Elle aidait aux cuisines pour occuper le temps et aussi rendre service. 
Au dehors, la guerre faisait rage, et Raziella pensait quitter le couvent car elle devait partir sur le front pour aider les soldats.Tout l’amour qu’elle avait reçu, elle voulait le partager avec tout le monde. Les sœurs lui dirent que c’était de la folie dans son état, mais comme elle comptait suivre sa décision, la mère supérieure lui adjoignit trois sœurs. Elles préparèrent une charrette, avec tout le nécessaire pour monter un abri pour les blessés qu’elles devraient soigner. 
 
Arrivées sur le front, elles aperçurent des blessés partout, et aussi bien allemands que français et anglais. Au début, les sœurs ne recevaient que les alliés mais la jeune fille demanda qu’on lui amène aussi les Allemands. Les soldats français se refusaient à ça, mais sous la tente, elle seule avait le droit de parole, même si tout le monde pouvait s'exprimer. Elle dit de sa douce voix : 
-Si vous étiez à leur place aimeriez*vous que l’on vous laisse mourir comme une bête ?Quelle que soit la nationalité de chacun, vous êtes tous des enfants de Dieu. Ici, sous cette tente, ce sera un lieu de paix et d’amour. 
 
C’est ainsi que la jeune fille fit de son mieux pour soigner tous ces jeunes gens.Cela allait vite faire la une des journaux car parmi les blessés, il y avait un jeune journaliste envoyé sur le front pour alimenter le journal pour lequel il travaillait. Il resta un mois dans la tente, mais durant tout ce temps, il s’était aperçu qu’il n'y avait eu aucun mort, que les hommes changeaient, sous cette tente il n'y avait plus de frontières, de nationalités, ils étaient tous égaux. 
 
Les mois passèrent au rythme de la violence de la guerre, c’était déjà le mois de décembre, il faisait très froid, mais la bataille continuait. 
 
Dans la nuit du 24 au 25 Raziella mit au monde un petit garçon. Les soldats qui étaient présents à ce moment-là demandèrent à l’heureuse maman si elle serait d’accord d’appeler son fils « NOËL », elle accepta et lui donna pour deuxième prénom Bénaya. 
Un jeune Allemand lui demanda ce que cela voulait dire. 
Elle répondit : 
-Bénaya , veut dire : Fils de Dieu. 
Puis un autre soldat fit remarquer que le calme régnait dehors, il n'y avait plus un bruit. Ils ouvrirent un peu la tente et la neige tombait doucement. Ils se retournèrent pour parler à la maman mais celle-ci dormait le sourire aux lèvres. 
 
Le lendemain quand ils quittèrent la tente, le combat n’avait toujours pas repris, un tapis de fleurs recouvrait la neige et un léger parfum régnait dans l’air. Quelques oiseaux piaillaient dans le ciel, on se serait cru au printemps. 
 
Un soldat fit remarquer qu’il y avait du monde qui se dirigeait vers le campement, ils n’avaient pas d’armes pour se défendre, car Raziella n’en voulait pas, elle disait que cela ne servait à rien. Des hommes de toutes nationalités approchaient du campement, il y avait aussi bien des valides que des blessés. 
La jeune maman s’était levée pour aider à l’accueil de toutes ces personnes. Chacun aidait comme il le pouvait au fonctionnement des soins et du ravitaillement en nourriture. La caravane n’était plus celle du début, maintenant il y avait des camions qui transportaient du matériel médical. Ils étaient aussi bien allemands que français, et ils avaient été surnommés : le convoi de l’espoir. 
Quatre jeunes soldats, un Russe, un Allemand, un Français et un Anglais, confectionnèrent un drapeau, qui allait devenir l’emblème officiel du convoi de l’espoir. C’était une colombe avec un brin d’olivier qui volait au-dessus de la terre. 
Un jeune pasteur avait écrit sur la bâche des camions : 
- Paix aux hommes de bonne volonté. 
 
Les prémices de la fin de la guerre se firent sentir, les blessés allaient et venaient depuis des mois maintenant. Raziella, en voyait revenir, et les voyait repartir, cela lui faisait mal de voir autant de personnes mourir pour les idées d’un fou.La vie est si précieuse, pourquoi la détruire ainsi ? Elle n’avait pas de réponse à cette question car il n’était pas aisé de lire les pensées d’un fou. Car pour la jeune maman, tout homme qui se croyait supérieur à un autre, avait des problèmes. Mais ceux qui utilisaient leurs pouvoirs de supériorité pour envoyer mourir des hommes en leurs noms étaient des malades mentaux profonds. 
 
Enfin arriva la fin de la guerre, mais la tâche n’en était pas plus facile pour autant car il y avait beaucoup de gens mutilés, et qui avaient encore besoin de soins. 
 
Le fils de Raziella avait dix huit mois, enfin elle pouvait sortir sans crainte pour son enfant. Elle trouva un travail dans un hôpital, pour pouvoir élever son enfant et dès qu’elle le pourrait ferait un voyage au pays, en Israël. Elle travailla dans l’hôpital pendant deux ans avant de changer d’emploi, elle ne supportait plus de voir souffrir les gens, devint vendeuse puis ouvrit sa propre boutique de couturière... 
 
Noël qui venait de fêter ses six ans, entra dans l’église du père Thomas, et lui demanda pourquoi Dieu avait laissé la guerre avoir lieu. 
- Tu sais mon enfant, répondit le père Thomas, Dieu a laissé à l’homme le droit de choisir. 
- Mais tous les hommes qui sont morts, n’ont pas choisi de mourir ! 
- Je sais mon garçon, mais ils devaient obéir au maître de leur pays, sinon ils auraient été punis. 
- Alors les hommes ont moins peur du courroux de Dieu que de leurs semblables ? s'étonna Noël. J’ai vraiment du mal à les comprendre. 
- Tu comprendras un jour mon petit, tu comprendras.Pour le moment, une nouvelle vie s’ouvre devant toi, vis la pleinement. Et sache, que rien n’est jamais gagné d’avance. 
Noël s’en retourna vers sa mère, auprès de laquelle il se sentait le plus heureux. 
 
Malgré des moments difficiles, avec sa maman, ils vécurent heureux.