Ses lèvres
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© Cathy ESPOSITO
Des lèvres charnues, des dents blanches, carrées, bien rangées et une belle langue rouge qu’il a sortie et pointée vers le haut durant l’effort. 
 
Avant cela, il s’est penché vers moi, se tenant presque dans la même position pour me parler, le plus près possible. J’étais fascinée. La peau de son visage ne souffrait pas de l’attraction terrestre, il gardait les traits fermes. Moi, la tête à l’envers, je devais être pitoyable avec mes joues écrasant mes cernes, en mode Shar pei. Des mots rassurants sortaient de sa bouche mais je ne voulais pas les entendre. Ils me rappelaient ceux prononcés par la jeune infirmière à ma grand-mère malade. Je préférais me concentrer sur la bouche de mon sauveur. Imaginer que lui et moi pourrions aller plus loin qu’une rencontre accidentelle en haut d’un arbre. Un platane d’après ce que j’ai compris. La douceur de ses lèvres sur les miennes, sentir leur épaisseur juste avant l’humidité de nos salives que nous mêlerions dans un baiser. J’entourerai ma langue autour de la sienne. Il a un goût de fraîcheur, de jeunesse, de bonne santé. Si j’osais... il m’embrasse dans le cou, me caresse le visage. Sa main est large, ses doigts de la bonne longueur. Qu’il devrait être bon de sentir cette main parcourir mon corps. Il y a trop longtemps que ça ne m’est pas arrivé. 
 
Il s’est multiplié par deux, puis trois. Tous habillés pareils, je sens qu’ils me touchent. 
 
Et les voilà en plein effort. Je suis accrochée à sa voix. Sa langue effleure sa lèvre supérieure. Je voudrais avancer ma main pour toucher son visage mais mon cerveau commande et ma main ne répond pas. Suis-je paralysée ? Il répond que non, que je vais aller très bien une fois descendue de mon arbre que j’ai courageusement grimpé. Moi ! Je suis montée dans cet arbre ? C’était volontaire ? Pas accidentel ? 
J’ai glissé, perdu l’équilibre, cogné ma tête et je suis restée vaseuse, suspendue dans le vide, le corps enroulé sur une branche solide. Mais ça va aller, répète-t-il. 
Sauf si le ridicule tue. A mon âge, grimper aux arbres ! 
 
Je sens arriver la douleur au grand galop. C’est la chevauchée fantastique. 
 
Ils ont réussi à me dérouler. L’un m’a réceptionnée sur le dos, lui se tient face à moi puis il m’attrape contre lui, ma tête sur son épaule. Ça y est j’ai conclu. Je sens son cœur battre contre ma poitrine écrasée sur son torse. 
 
Je ne vois plus ses lèvres je les imagine quand il murmure : 
 
« Vous avez sauvé la vie de ce petit garçon, vous êtes une héroïne. » 
 
Ah ! ça mérite un baiser, non ?