Réquiem pour les Landes
POEMES
© Corynn THYMEUR
Au fin fond de leurs Landes, les Gascons sont cachés 
Craignant la sarabande d'un vent par trop fâché. 
Ces pinèdes qu'ils vendent, ne seront-elles hachées ? 
Et les produits qu'elles rendent iront-ils au marché ? 
 
La nouvelle a couru dans l'antique Gascogne 
D'une bête bourrue qui va montrer sa trogne, 
Ni visible, ni velue, elle rampe, court et grogne, 
Avide de feuillus et de pins qu'elle cogne. 
 
Elle arrive du néant et s'abat sur la terre 
Bien gonflée d'océan, coupante comme cimeterre, 
De son souffle de géant aux entrailles de mystère, 
Elle répand en passant la mort et la misère. 
 
Apeurés, les grands pins s'accrochent par les branches. 
Ils se tiennent la main dans la lumière blanche 
D'une aube sans lendemain sur ces coupes si franches, 
Tout le long des chemins n'allant pas à dimanche. 
 
Elle est passée la bête, ce triste samedi. 
Elle a fait la fête, a mangé et a rit. 
Petits faons et belettes, renards, merles et pies 
Ont vécu la tempête sans trouver un abri. 
 
Le bel arbre impuissant, d'ordinaire si fort, 
A vu couler son sang de son tronc, de son corps. 
Et ce grand hurlement, c'est son pied qui se tord, 
Sinistre craquement qui annonce sa mort. 
 
Que de racines à nues dans ce grand cimetière. 
Les regards éperdus, sans façon, sans manière, 
Laissent brouiller leur vue à l'orée des paupières. 
Ils élèvent dans la nue les larmes d'une prière