Échange radio
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© Jean-François COUBAU
- Ça alors, c'est incroyable ! 
 
Le premier maître Trenton, jeta son écouteur sur la table d'un geste rageur et se tourna vers son collègue, Jones. 
 
- Tout doux, fit ce dernier, qu'est-ce qu'il t'arrive ? 
 
- Il m'arrive que ça fait dix minutes que je communique avec un quidam, qui ne veut pas me dire son nom et qui de plus, se trouve sur le cap de notre groupe de combat. Il vient de me donner sa position et les relèvements le mettent en plein devant nous.  
 
À bord du porte-avions, Georges Washington, de la trop fameuse US Nayv, on venait de découvrir qu'un " intrus " se trouvait sur le passage du groupe aéronaval. Le commandant avait donc fait envoyer un message radio pour que l'intrus se déroute. C'était une question de sécurité, et " on " ne pouvait passer trop près d'un navire. 
 
- Relance un appel, dit Jones. 
 
Trenton reprit le micro et se mit à parler : 
- Ici, US Navy, nous vous demandons de vous dérouter de quinze degrés, car votre route croise la nôtre. À vous. 
 
Quelques secondes plus tard, une voix répondait : 
 
- Non, c'est à vous de vous dérouter de quinze degrés. À vous. 
 
Trenton coupa la communication. 
 
- Non, mais tu entends ça ! Quel toupet ! 
 
- J'entends, mais tu devrais appeler le chef. 
 
Quelques secondes plus tard, le capitaine de corvette Jenkins, chef du central radio, entrait. Rapidement, il fut mis au courant de la situation. Il prit le micro et dit : 
 
- Allo, ici US Navy, nous vous demandons de vous dérouter de quinze degrés. À vous. 
 
- Non, c'est à vous de vous dérouter. À vous. 
 
Jenkins se retourna et dit : 
 
- Bon, de toute manière, le commandant est prévenu, mais lui seul peut prendre les décisions qui s'imposent. 
 
Le temps de téléphoner à cet officier et celui-ci entra. Immédiatement, le cri habituel résonna : 
 
- Le commandant au central radio ! 
 
Quelques têtes se levèrent et interrompirent leur besogne. Si le commandant venait, c'est qu'il y avait un problème. 
 
- Alors, où en sommes-nous ? 
 
- Il ne veut pas se dérouter. Que faisons-nous ? 
 
- Je vais demander une identification radar à l'avion de guet aérien. 
 
Aussitôt, l'appareil fut contacté. À trois cent kilomètres de là, en plein ciel, les officiers, devant leurs pupitres radars, ne virent strictement rien et répercutèrent l'information au porte-avions. 
 
- Négatif, il n'y a rien, dans un rayons de 250 milles. Aucun bateau et pas d'avions. 
 
Dans le central radio, ce fut la stupéfaction. Un poste radio émettait et il n'y avait personne ! D'où pouvait provenir cette voix ? 
 
- Et si c'était un sous-marin ? dit Jenkins. 
 
- Possible, répondit le commandant. Demandez à nos frégates d'accompagnement un relevé sonar. 
 
Immédiatement, l'ordre fut transmis aux escorteurs, d'envoyer un " blip " sonar pour vérifier la présence d'un éventuel submersible. Quelques minutes plus tard, la réponse parvenait. 
 
- Négatif, pas de sous-marin par ici, la mer est claire !  
 
Les hommes avaient changé de couleur. Comment pouvait-il ne rien avoir ? Le commandant dit, préoccupé : 
 
- Il ne faudrait pas que ce soit un attentat terroriste. On passe à proximité d'un navire contenant une charge nucléaire et le groupe de combat est détruit. Je vais appeler l'amiral. 
 
Quelques minutes plus tard, l'officier supérieur entra et tous les hommes se dressèrent pendant que retentissait le sempiternel " À vos rangs, fixe ! ". 
 
- Repos, répondit l'amiral Mac Fall. Alors, que se passe-t-il ici ? 
 
Rapidement, on expliqua à l'amiral la teneur du problème. Un poste radio inconnu refusait de se dérouter, comme l'exigeait la procédure. 
 
- Essayez encore, ordonna l'amiral. 
 
Le commandant prit lui-même le micro et lança : 
 
- Ici, US Navy, veuillez vous dérouter de quinze degrés, comme le veut la procédure. À vous. 
 
- Négatif, c'est à vous de vous dérouter. À vous. 
 
Découragé, le commandant dit : 
 
- Je ne comprends pourquoi ils disent ça. Et cet accent. On dirait des canadiens. Il n'y a pas de contentieux entre eux et nous ? 
 
- Non, je ne crois pas, répondit l'amiral. Donnez-moi le micro. 
 
On le lui tendit et l'officier appela : 
 
- Ici US Navy, êtes-vous canadiens ? À vous. 
 
- Allo, US NAvy, oui, nous sommes canadiens. À vous. 
 
- Et si c'était un attentat nucléaire ? dit le commandant. 
 
- Vous avez malheureusement raison. Ordonnez le lancement de l'alerte numéro trois. 
 
L'ordre fut répercuté et quelques instants plus tard, les sirènes mugissaient dans tout le bâtiment. Les haut-parleurs hurlaient : " Aux postes de combat, aux postes de combats ! ". Les navires de l'escorte quittaient le dispositif de marche pour prendre la formation de combat. Là-haut, sur le pont d'envol, les avions de la patrouille d'alerte commençaient à être catapultés dans un fracas de fin du monde. 
 
- Je vais demander un relèvement satellite, dit l'amiral. 
 
Très haut, dans le ciel, un satellite de reconnaissance, changea d'orbite et se positionna au-dessus du groupe de combat. Mais le résultat fut identique, il n'y avait aucun navire devant. Même le drone lâché par le croiseur USS Port-Royal, revint bredouille. L'alerte fut donnée au Pentagone et bientôt, elle arriverait à la Maison-Blanche, où le Président des Etats-Unis serait informé. 
 
- C'est inconcevable, grommela l'amiral. Il n'y a personne autour de nous et pourtant nous communiquons avec ce poste radio mystère, qui nous nargue ! 
 
- Nous sommes parés à tout, amiral, dit le commandant. 
 
- Je vais faire un dernier essai. 
 
S'emparant du micro, il lança : 
 
- ALLO ICI US NAVY. C'EST LE PORTE-AVIONS USS GEORGES WASHINGTON. NOUS SOMMES ACCOMPAGNES DE TROIS CROISEURS LANCE MISSLES, D'UNE DIZAINE D ESCORTEURS ET D'UN NOMBRE IMPORTANT DE NAVIRES DE SOUTIEN. POUR LA DERNIERE FOIS, JE VOUS DEMANDE DE VOUS DÉROUTER DE QUINZE DEGRES COMME L'EXIGE LA PROCEDURE INTERNATIONALE, SINON JE PRENDRAI TOUTES LES MESURES POUR ASSURER LA SÉCURITÉ DE MON GROUPE AÉRO NAVAL. EXPLIQUEZ MOI MAINTENANT POURQUOI VOUS NE VOULEZ PAS VOUS DÉROUTER DE QUINZE DEGRES ? À VOUS. 
 
- Allo, US NAVY, ici c'est un phare. À vous !!!! 
 
- !!!!!!!!!!????????????!!!!!!!!!!??????????