Ils se sont rencontrés dans une fête asiatique.
Lui, grand, blond, belge et gentil.
Elle, petite, brune, chinoise et souriante.
Il se nomme Albert, comme le roi.
Elle, c'est " Chuang ", cela signifie " printemps ".
Ils se sont plu immédiatement.
Ils ont donc entamé une aventure sentimentale.
Mais quand même, il y a des bizarreries !
Il ne sait pas où elle habite, car dit-elle, " Je vis avec une dame qui m'a élevée et qui ne veut pas être dérangée ".
Que fait-elle de ses journées ?
Rien, elle est au chômage.
De quoi vit-elle ?
Nul ne le sait.
Où est-elle née ?
À Bab-el-Oued ! Son père, dans la Légion était cantonné là-bas. Sa mère était chinoise de Shangaï.
Bon, de fil en aiguille, ils vont donc partir en voyage en Chine, car elle ne connaît pas le pays de ses ancêtres.
De plus, elle ne parle pas chinois.
C'est donc lui qui va payer les billets. Déjà qu'il ne gagne pas beaucoup . . .
De toute manière, c'est toujours lui qui paye les sorties, le restaurant, etc.
Il a dit qu'ils partaient en " voyage de noces ".
Elle a sourit. On ne sait si c'est de contentement ou ironique.
Albert a sa petite idée là-dessus.
Alors, ils sont partis.
Arrivés à Pekin, ils ont commencé à visiter la ville.
Quel régal ! Des promenades sentimentales, des rires, des spectacles.
Finalement, ça s'est bien passé.
Et il faut revenir.
Alors, la veille du départ, elle lui parle.
Elle le lui dit que son pays, c'est ici, qu'elle doit rester.
- Mais tu ne connais personne ici, tu ne parles même pas la langue.
- Je me débrouillerai, répond-elle.
- Mais, mais . . .
Il a compris qu'il avait servi à payer le voyage, on appelle ça une escroquerie.
Il a une excuse, il est amoureux et il n'a rien vu.
La nui est difficile pour lui, elle dort d'un sommeil apaisé.
Le lendemain, il constate qu'elle est déjà levée. Il se prépare et descend dans le hall de l'hôtel et là, il y a une surprise.
Mademoiselle Chuang, qui discute avec un chinois, superbement habillé. Et elle parle en cantonais. En vain, l'homme qui aperçoit Albert, lui fait signe de se taire, c'est trop tard. Elle se tourne vers lui d'un air dépité.
- Mais comment, dit-il, tu parles chinois, je croyais que non.
Elle ne répond pas et s'éloigne en disant :
- Je vais revenir prendre mes affaires plus tard.
Albert remonte dans sa chambre, anéanti. Il avait espéré que la nuit porterait conseil à son amie. Mais non, il boira le calice jusqu'à la lie.
Alors, il tourne dans la pièce, sans savoir quoi faire. Il prépare ses bagages sans trop y faire attention, il a la tête ailleurs.
Quand il a fini, il s'assied sur le lit et contemple le sac de voyage de Chuang. Il le prend sur lui, comme un geste de fétichisme.
Soudain, il le trouve lourd, un peu trop même.
- Mais qu'est ce que c'est que ce sac ?
En effet, ses parois sont curieusement épaisses. Il prend son couteau suisse et commence le découpage. Et là, oh surprise des billets tombent !
Des coupures de cent dollars américains !
Il les compte et trouve environ un million de dollars !
Albert se demande s'il ne rêve pas.
- Cet argent lui servira à s'établir ici. Je ne sais pas d'où il sort, mais c'est sûrement ça.
Alors, il a une idée pour se venger.
Il la met a exécution, prend ses affaires, va payer l'hôtel et gagne l'aéroport. Son avion décolle pour Bruxelles dans trois heures. Il s'assied pour faire enregistrer ses bagages et attend.
Soudain, trois policiers chinois se présentent devant lui, accompagnés d'une interprète.
- Veuillez nous suivre avec vos bagages, s'entend-il dire.
Tout le monde se retrouve dans une petite pièce. On le fouille, on examine ses bagages avec la plus extrême attention. Les regards sont soupçonneux et lui, reste impassible. Finalement, au bout d'une heure, on lui offre du thé et on le relâche.
Un des policiers qui a fouillé Albert, téléphone discrètement à un " ami ". Celui-ci est dans la chambre d'hôtel avec deux autres comparses et surtout avec Chuang.
- Alors, ordonne l'homme à la jeune femme, où est-ce ?
La chinoise, apeurée et en larmes, répond :
- Mais tu vois bien qu'il a tout emporté. Il m'a volée, il faut l'arrêter.
Une gifle la fait taire.
- Nos complices dans la police n'ont rien trouvé. C'est toi qui a caché l'argent, pour ne pas me le donner et tu as monté cette comédie pour me rouler.
- Mais je t'assure que . . .
Une autre gifle l'arrête.
- Tu me rembourseras en travaillant pour moi, ce n'est pas un problème !
Et là, elle gémit, car la spécialité de l'individu, c'est le proxénétisme. À cinquante " clients " par jour, le remboursement risque d'être difficile. Et tandis que les hommes de mains l'emmènent, elle se demande :
- Mais où Albert a-t-il pu cacher l'argent ?
Pendant ce temps, dans l'avion, Albert, souriant à la jolie hôtesse blonde de la SABENA, déguste un Château-Margaux accompagnant le steak-frites, tout en songeant aux billets qu'il a brûlés il y a deux heures, dans la salle de bain de la chambre d'hôtel !