Solweig chérie,
Je me souviens de notre dernier été à Paris où nous étions follement amoureux l'un de l'autre.
Nous nous promenions le long de la Seine, nous prenions un verre dans chaque " café ", comme disent mes compatriotes. Je parlais de politique et de philosophie et nous nous tenions par la main. Tu souriais comme Mona Lisa.
Et mille musiques accompagnaient nos pas sur les Champs-Elysées.
Et nos soirées à se murmurer des serments infinis !
Les croissants du matin et le pain français que tu aimais tant.
Et nos fous rires, nos regards les yeux dans les yeux.
Alors pourquoi ? Que s'est-il passé ?
Comment en sommes-nous venus à en avoir assez l'un de l'autre ?
L'usure du couple ? Aussi vite ? Ce n'est pas possible.
Pourquoi nos bouderies ? Nos silences ?
Alors, nous sommes partis chacun de notre côté, nous ne retrouvions plus que par obligation.
À ce stade-là, on n'avait plus rien à se dire.
Ton séjour arriva rapidement à son terme. Je t'ai accompagnée à l'aéroport.
Et tu as repris l'avion pour Stockholm, et je suis resté à Paris, seul et désemparé.
J'ai vu que tu étais déçue.
Je n'avais pas su te parler. Oh, ce n'était pas l'obstacle de la langue, mais moi qui n'arrivait pas à communiquer avec toi.
Pardonnes-moi, je ne voyais en toi qu'une jolie étrangère en mal d'exotisme. Je n'avais pas compris la profondeur de tes sentiments et c'est trop tard que j'ai vu les larmes dans tes yeux aux couleurs des lacs nordiques.
J'ai bien profité de toi mais je me suis rendu compte trop tard que tu étais autre chose qu'un nom de plus sur le " tableau de chasse ".
Depuis trois mois, je pense à toi, à nos merveilleux moments ensoleillés par tes cheveux tournoyants. À ton sourire de star et à ta voix un peu grave et combien envoûtante.
Je me souviens de ton corps chaud contre le mien et de ces moments de douce intimité.
C'est bien ça le problème, je n'ai plus que des souvenirs.
Plus rien de concret.
Et c'est maintenant que je me suis aperçu que tu me manquais terriblement.
Que te dire aujourd'hui ? Que je suis amoureux de toi ? Me croiras-tu alors que je n'ai pas pris au sérieux tes " je t'aime " ?
Alors pourquoi ce grand vide ?
Que faire pour reconquérir ton cœur ? Sans doute plus rien.
Je passe mon temps à pleurer sur ma solitude et mon imbécillité.
Tu es devenu l'héroïne de mes rêves. Pourrais-je redevenir un jour le héros des tiens. Mais c'est de toi dont j'ai besoin et non de vains songes !
Tu ne m'as envoyé aucun message depuis ton départ, mais je ne te le reproche pas. J'ai été suffisamment odieux et tu as ta fierté tout de même.
J'ai donc pris une décision.
Ce ne sera pas la vie sans toi.
Ce sera sans la vie.
Tout simplement.
J'ai préparé ce qu'il me faut et le " passage " sera rapide.
Je te supplie de ne pas te sentir coupable, je suis le seul à incriminer.
Sois heureuse ma belle princesse scandinave.
Je t'embrasse tendrement.
Ton " petit français " comme tu aimais à me nommer.
Henri.
D'une main tremblante, Henri referma l'enveloppe et la colla. Il se leva et s'étira. Maintenant les larmes lui montaient aux yeux. Son geste était définitif, il allait accomplir l'irréparable d'une manière froide et mécanique. Déjà sa main se dirigeait vers la boite de mort-au-rats. Il versa une bonne rasade dans un verre d'eau et le saisit pour le porter à ses lèvres. Soudain son téléphone sonna. Il décrocha et entendit :
- Coucou, je suis à Paris.
- Mais qui est à l'appareil ?
- C'est Solweig !