Quelques parts dans le Pacifique.
- Allons, pressons, il faut que tout soit terminé avant la nuit !
Du haut de la passerelle de son navire, Chen-Kuo-Feng faisait activer ses hommes. Le pillage du cargo japonais datait à peine d'un jour et il fallait être rapide pour éviter qu'un hélicoptère de la douane d'un pays limitrophe les repère pour ameuter des renforts. Le petit îlot volcanique était un abri sûr pour stocker les produits volés, destinés à être écoulés sur les marchés parallèles du Sud-Est asiatiques.
Dans le local voisin, l'homme de veille, penché sur son radar ne voyait rien. Chen glissa la tête dans la cabine et le radariste lui dit que tout allait bien.
À quelques dizaines de kilomètres de là, un missile " tomahawk " volait à plus de 900 km/h en vol rasant. Ne dépassant pas l'altitude de 300 m, il n'avait pu être repéré par le radar du navire pirate. Mais il avait été reprogrammé pour une tâche bien spécifique et c'est alors qu'il se mit à prendre de l'altitude. Aussitôt, le " blip " s'inscrivit sur l'écran et l'opérateur ne pouvant se tromper, lâcha :
- ALERTE MISSILE !
Immédiatement, une sirène retentit dans tout le bâtiment. Le capitaine se précipita sur le pont, suivi de ses hommes. Tout regardaient en l'air :
- Il est là, lança le second, en désignant une traînée dans le ciel !
Un peu de vapeur se précisait dans l'azur.
- Vise-t-il le navire ou l'îlot ? se demanda Chen. Je pencherai plutôt pour le bateau. On a certainement été repéré et suivi par satellite.
Il prit sa décision en un clin d'œil.
- Tout le monde à la mer, gagnez la terre, on sera à l'abri !
Donnant l'exemple, il sauta à l'eau, suivi de ses hommes.
- Et tant pis pour les requins !
Ce que le pirate ne pouvait savoir, c'est que le missile visait l'île et non le navire. Ce qu'il ignorait aussi, c'est qu'il était pourvu d'une tête nucléaire !
*
- Ca recommence, alors !
Dans le célèbre bureau ovale de la Maison-Blanche, le Président des Etats-Unis et le Secrétaire Général des Nations-Unies conversaient. Sur un sofa, derrière eux, une femme et un homme étaient assis.
- Oui, répondit le président, nous venons de recevoir ce matin, sur le site internet du Pentagone, un message signé du Minotaure. Il dit être l'auteur de la catastrophe survenue sur cet îlot du Pacifique, qui était d'ailleurs, un repaire de pirate.
- Je sais qu'une frappe nucléaire a eu lieu, sans plus.
- Ce que nous cachons au public, est qu'en fait, il a lancé huit missiles à tête atomique sur cette île ! Au passage, une poignée de pirates chinois a été transformée en rayonnement, ce qui est une bonne chose.
- En effet. Mais huit missiles ? Ca n'a pas de sens ! Un encore, je comprendrais. On veut anéantir toute vie sur l'île, ça pourrait s'admettre, mais huit ? À quoi bon ? Un seul suffit, non ?
- Oui et non. Ce qui se passe, c'est que le Minotaure ne veut pas détruire toute vie sur cet îlot, mais l'îlot lui-même.
- Mais pourquoi donc ?
Le Président prit un temps et fit signe à la femme, assise sur un canapé, qui se leva et se présenta :
- Maureen Gibson, je suis psychanalyste.
- Bien, madame, alors expliquez-moi ce qui se passe.
- Nous avons analysé le profil du Minotaure. Nous en avons déduit qu'il veut détruire l'humanité entière. C'est certainement quelqu'un de culture occidentale, vu ses modes opératoires.
- Mais pourquoi s'acharner sur un simple îlot ?
Le Président se tourna vers l'homme, qui s'avança vers le groupe.
- Michael Simmons, vulcanologue.
- Nous vous écoutons, dit le Secrétaire.
- Ce que je vais vous dire, doit rester confidentiel. La raison pour laquelle le Minotaure veut détruire cette île, c'est qu'elle contient un volcan des plus profond au monde. Lancer des têtes nucléaires là-dedans fera éclater celui-ci, les flots du Pacifique s'engouffreront, et il se produira une gigantesque explosion. Elle génèrera une vague d'une force incroyable, qui balayera tout sur son passage. Un tsunami dévastateur qui ne laissera plus rien. L'humanité ne s'en remettra jamais.
Le Secrétaire ne répondit pas immédiatement. La nouvelle était un choc pour lui. Comment sortir de ce piège ? Le Président sembla deviner ses états d'âme, car il dit :
- Nous savons comment il a opéré. Il a hypnotisé un membre du croiseur " Vicksburg ", qui a ensuite hypnotisé son commandant et d'autres hommes d'équipage. De fil en aiguille, l'équipage a été fait " prisonnier ". Le commandant, sous contrôle du Minotaure, a décidé d'expédier huit missiles à tête nucléaire de type " tomahawk " sur l'îlot. Nous avons donc décidé de faire rentrer tous nos navires du coin, vers les Etats-Unis.
- Mais il peut repasser à l'action ?
- Bien sûr, mais cette fois nous avons une arme contre lui.
- Laquelle ?
- Vous savez que pendant des années, des recherches ont été menées par le Pentagone, sur les perceptions extrasensorielles.
- J'en ai entendu parler. Je croyais que le programme avait été abandonné à la fin de la guerre du Golfe.
- Officiellement, oui, mais en fait il a continué. Nous nous en sommes servis pour localiser Saddam Hussein et le sortir de son trou. Et ici, nous avons recommencé.
- C'est très dangereux ce que vous faite. Si ces individus ayant des capacités hors norme, se révoltent contre nous, nous ne pourrons rien faire et ils prendront le contrôle de la société.
- Je sais, mais en l'occurrence, nous avons gagné. Car nous savons où se trouve le Minotaure. Nous avons mis à contribution une équipe de quatre médiums et ils ont déterminé où se situait notre homme.
- Où est-il donc ?
- Je vous le donne en mille ! Il est dans l'immeuble d'en face ou presque !
- Quoi ?
- Parfaitement, monsieur le Secrétaire Général, il est dans Pennsylvania Avenue, presque en face de nous ! Question de mégalomanie, sans doute !
*
Le capitaine Howard, de la Delta-Force, unité anti-terroristes américaine n'en menait pas large. Traquer et éliminer au fond de son repaire n'importe quel forcené, n'était pas un problème. Mais là, on lui avait parlé d'hypnotisme, de perception extrasensorielles, de lecture du cerveau à distance, de manipulation mentale et il n'aimait pas ça. De plus, son équipe conduisait deux personnes de plus que d'habitude, deux " médiums " parait-il ! Des gens capables de " voir " l'avenir ! Tout ceci ne lui disait rien qui vaille.
Son collègue, Peter Cooper du " Hostage Rescue Team " du FBI, faisait la même tête. L'immeuble, à trois pas de la Maison-Blanche, contenait ce mystérieux Minotaure qui depuis plus d'un an, avait déclenché des catastrophes planétaires.
- C'est par là, dit un des médiums, une femme d'environ cinquante ans.
Elle désignait un couloir perpendiculaire. L'équipe s'y engagea et l'autre médium s'arrêta soudain. Il lança en désignant une porte :
- Là !
L'autre approuva. D'un signe de tête, toute l'équipe se rangea derrière lui. Un des hommes apporta une sorte de gros bélier. Le temps de le mettre en place et la porte vola en éclat. Les hommes envahirent l'appartement et ne mirent pas longtemps à voir une silhouette devant eux. Curieusement, Howard avait envie de pointer son arme sur Cooper. Il comprit vite qu'il était en train de se faire hypnotiser.
- Les médiums, à vous ! hurla-t-il.
Les deux personnes se concentrèrent et l'envie de tuer Cooper disparu. Le capitaine comprit que les médiums " bloquaient " l'esprit du Minotaure.
- Allez, lança-t-il.
Les membres de l'équipe se jetèrent sur le Minotaure. En un clin d'œil, il fut débarrassé de son étrange costume et surtout de ses gilets pare-balles qui avaient fait de l'effet durant une autre intervention contre lui, en Alaska. L'individu se retrouva en simple survêtement de sport, et la cagoule fut arrachée. C'est peu dire si les hommes furent étonnés !
*
Dans bureau ovale, le téléphone sonna. Le Président décrocha et laissa parler son interlocuteur. Puis il s'adressa au secrétaire Général.
- Nous l'avons eu !
- Félicitations, gardez-le bien.
- Vous ne devinerez jamais ce que nous avons trouvé. Je vous passe le capitaine Howard.
Prenant le combiné, il entendit :
- Monsieur le Secrétaire Général, le Minotaure est une femme.
*
- Une femme, se dit Howard.
La cagoule arrachée révélait le visage d'une femme, d'environ trente-cinq ans, assez jolie, mais le visage complètement froid. Le capitaine était en liaison avec le Secrétaire général qui lui dit :
- Pouvez-vous lui parler ?
- Oui, je crois.
- Est-ce qu'elle comprend l'anglais ?
Howard se pencha vers cette femme, solidement garrottée maintenant, qui avait tant fait trembler le monde et lui demanda :
- Comprenez-vous ce que je dis ? Entendez-vous l'anglais ?
La femme releva la tête et répondit :
- Oui. Je suis américaine et je me nomme Linda Mac Call.
Un silence de cathédrale s'abattit dans la pièce. Le capitaine mit l'amplificateur de la radio et la voix du Secrétaire Général de l'ONU retentit :
- Ici, le Secrétait Général de l'ONU. Que voulez-vous exactement, madame Mac Call ?
La femme prit un temps et répondit :
- Je suis, ou plutôt j'étais analyste financière à la Chase Manhattan Bank.
Une lumière s'alluma dans l'esprit du Secrétaire Général.
- Continuez dit-il.
- Mon mari aussi travaillait dans cet établissement.
- Oh mon Dieu, pensa le capitaine, pas ça !
- Un jour j'ai été malade, je n'ai pu aller travailler, mais mon mari, lui, s'y est rendu.
Le Président des Etats-Unis, dans son bureau avait écouté l'échange, car là aussi, on avait mis le haut-parleur. Il se lança courageusement à l'eau.
- Je comprends maintenant ce qui s'est passé. Le 11 septembre 2001, votre mari est allé travailler et il n'est pas revenu.
Maintenant, la femme commençait à pleurer. Le Secrétaire Général reprit :
- Et c'est parce que vous avez perdu votre mari dans l'attentat que vous en voulez au monde entier ? Pouvez-vous m'explique ça ?
Courageusement, Linda releva la tête et répondit :
- J'en ai assez de ce progrès technique. Il est la cause de dérèglements psychologiques immondes. On ne pense qu'à utiliser le pouvoir amplificateur de la technologie pour tuer ! J'ai voulu faire disparaître ce monde en retournant le progrès contre lui. J'ai toujours eu des talents hypnotiques. À la suite des attentats, je suis allé en Inde, où de grands maîtres yogis m'ont appris à canaliser ce don et à l'utiliser comme arme. J'ai voulu rayer cette société de la carte car elle ne mérite plus d'exister. La paranoïa est telle, qu'on est en permanence espionné, filmé, fiché ! Mais dans quel monde vivons-nous ?
Personne ne répondit à cette diatribe. La solution était à la fois si simple et si compliquée ! Le Président, masqua le téléphone et le Secrétaire Général lança :
- Voilà, c'est fini, Qu'allez-vous en faire ?
- Je suppose qu'elle va avoir droit à un procès. Elle ne sera peut-être pas reconnue coupable.
- Ce qui signifie qu'elle pourra recommencer, si elle ressort. Elle pourra même hypnotiser ses gardiens pour cela. Il faut s'assurer qu'elle ne puisse repasser à l'action.
- Je vois, dit le Président. La solution s'impose d'elle-même.
Reprenant le téléphone, il demanda à parler au capitaine Howard et lui donna un ordre. Celui-ci répondit :
- Impossible, monsieur le Présidant. Cet ordre est contraire à la Constitution.
Le chef d'état dit encore quelque phrase et le capitaine finit par approuver. Levant son pistolet, il le braqua sur la tempe de Linda Mac Call.
*
Dans le bureau ovale, la détonation avait retentit comme le tonnerre. Le Secrétaire Général prit la parole.
- J'ose dire, monsieur le Président, qu'il va falloir que l'ONU mette en place un organisme de contrôle de l'utilisation des progrès techniques et scientifiques afin qu'il ne soient pas dévoyés. Dès la prochaine session, nous nous attèlerons à cette tâche ! Ceci ne doit plus se reproduire ! Votre pays, qui a si bien œuvré pour la liberté, se doit d'être en pointe sur le sujet. Vous avez fermé la station HAARP, il serait souhaitable de dissoudre cette équipe de " médiums ". Je veillerai à ce que les autres pays fassent de même et vous m'y aiderez !